Urban Comics

[Review VF] Grant Morrison Présente Batman T.5

Le retour de Bruce Wayne
Tandis que la série Batman Incorporated débarque dans les kiosques (le début de la série, post-reboot, arrive en effet dans le deuxième numéro de Batman Saga HS), Urban Comics continue de rééditer le run colossal de Grant Morrison sur le personnage. En effet, juin a vu la sortie du cinquième tome de la collection Grant Morrison Présente Batman, tome dédié à la saga Le Retour de Bruce Wayne.
[galerie2]http://www.mdcu-comics.fr/upload/news/news_illustre_1373920224_210.jpg[/galerie2]
A l’instar du quatrième volume, ce tome vous propose une petite coupure par rapport à l’histoire principale, jusqu’alors focalisée sur le nouveau Dynamique Duo, Dick Grayson (Batman) et Damian Wayne (Robin) et s’intéresse à Bruce Wayne, alors perdu dans le temps suite à sa confrontation contre Darkseid (qui a eu lieu lors de Final Crisis et qui vous avait été récapitulée dans le troisième tome). Le principe de cette saga est simple : Bruce Wayne remonte le temps et traverse les époques pour retourner chez lui. Six numéros, six époques différentes mais aussi six dessinateurs et de nombreuses apparitions de personnages de l’univers DC et du Batverse. Morrison s’attèle donc à un exercice doublement difficile : ramener Bruce Wayne sur le devant de la scène de manière crédible mais aussi mener à bien une histoire atypique et différente de ce que l’on a vu jusqu’ici avec le personnage. Le bilan de tout cela ? On a droit à un Morrison dans toute sa splendeur (pas forcément un argument en la faveur de l’auteur) et de ce fait à de gros mal de tête… Préparez vos aspirines car vous allez en avoir besoin.
En effet, cette saga transpire vraiment la « masturbation intellectuelle » ! Pardonnez-moi ce terme vulgaire mais je pense que c’est celui qui la qualifie le mieux. En effet, mettre en avant un Bruce Wayne perdu dans le temps était vraiment une idée intéressante, mais Grant Morrison a de nouveau voulu en faire trop et a tenté de revisiter toute la mythologie du personnage. Au final, il livre un récit particulièrement complexe et difficile à comprendre et ceci y compris pour les inconditionnels de Batman comme moi. Je ne veux pas vous décourager mais si vous trouviez que Batman : RIP était difficile d’accès et de compréhension, bah laissez-moi vous dire que c’est encore pire ici… Alors certes, je suis entièrement d’accord avec le fait que cet aspect puisse constituer une force pour le récit. Moi-même, je suis un grand défenseur des histoires qui font réfléchir et sur lesquelles il faut se creuser les méninges et je reconnais aussi adorer Grant Morrison, mais là, il en fait bien trop. Une nouvelle fois, il se laisse entrainer par ses envies (ou ses délires, appelez cela comme vous voulez) et en délaisse le lecteur qui se retrouve souvent perdu devant sa narration si difficile à suivre. Difficile à lire certes mais nous noterons qu’il existe des lectures complémentaires à l’œuvre. Ainsi, Times Masters : Vanishing Point est une excellente mini-série (malheureusement inédite en VF) qui complètement très bien cette dernière et qui se focalise sur une poignée de héros (dont je tairai les noms) partie à la recherche du héros.
Or, si ce sentiment de « je suis totalement perdu dans les délires de Morrison » revient souvent au fil de cette lecture, force est tout de même de constater que cette dernière n’est pas désagréable. Tout d’abord, ceux qui aiment réfléchir et se creuser les méninges vont être servis au-delà de leurs espérances mais surtout, on constate que cette histoire comporte de bonnes idées. Le principe de base du voyage dans le temps est bien construit et surtout bien utilisé. Morrison s’amuse à utiliser notre héros dans six époques différentes (allant de la Préhistoire au vingtième siècle en passant par le Far-West, l’époque coloniale ou encore l’ère des pirates) et met bien en avant la manière dont Batman évolue dans ces différentes ères. Mais surtout, le gros point intéressant est que chaque époque, chaque chapitre, est pour Morrison une occasion de faire revivre à son personnage un fait marquant de sa carrière. Ainsi, Bruce se voit affublé d’un équipier, assiste à la naissance de la malédiction de sa famille ou enquête même sur le meurtre de ses parents. Enfin, Grant Morrison fait aussi beaucoup de références au Batverse et à l’univers DC. On ne sera donc pas étonné de voir Batman croiser la route de l’immortel Vandal Savage, du chasseur de primes Jonah Hex ou même de plusieurs de ses ancêtres au fil de sa traversée du temps. La symbolique de la chauve-souris, du W de Wonder-Woman, du S de Superman sont eux aussi largement exploités et la ville de Gotham tient elle aussi une place considérable au sein de l’intrigue (comme quoi, Snyder n’est pas le seul à avoir travaillé dessus). Nous remarquerons aussi que Grant Morrison fait également référence (mais aussi hommage) à de nombreux autres genres littéraires au sein de cette histoire, montrant ainsi une nouvelle fois l’étendue de ses connaissances et de sa culture. Le passage de la Préhistoire rappelle ainsi les bons vieux récits pulps tandis que celui se passant à l’époque coloniale et traitant de la chasse aux sorcières évoque les récits fantastiques. Je ne m’attarderai pas sur les passages avec Barbe Noire ou au Far-West qui évoquent un genre littéraire très fécond tandis que le chapitre se déroulant au vingtième siècle est une ode aux polars. De même, le récit en lui-même reste très ancré dans la Science-Fiction… Des références, des clins d’œil et des apparitions qui feront plaisir d’autant qu’elles sont généralement bien utilisées.
Le Retour de Bruce Wayne recycle donc de nombreux personnages connus des fans tout en revenant sur l’Histoire des Wayne et de Gotham. Les aventures sont variées et d’une richesse incroyable, Morrison montrant une nouvelle fois l’étendue de sa connaissance de l’univers DC. Malheureusement, certains passages de son histoire sont plus faibles. On retiendra ainsi le manque de rythme (certaines scènes frisent l’ennui) mais aussi quelques raccourcis et pirouettes scénaristiques. Le final, lui-même est également en demi-teinte. A la fois tordu et incompréhensible, il aurait également mérité plus de développement tant il se termine rapidement.
En ce qui concerne les dessins, nous avons affaire à six dessinateurs (un par chapitre) et j’avoue trouver dommage que nous n’en n’ayons pas qu’un seul. Certains avanceront certes l’argument qu’avoir plusieurs dessinateurs permet d’être confronté à différents styles et différents points de vue mais la qualité est tellement inégale entre les artistes que j’aurais préféré n'en voir qu’un seul sur le titre. Parmi les six hommes qui tiennent les crayons, mention spéciale à Frazer Irving et Yannick Paquette qui offrent tous les deux des prestations impressionnantes. Le premier officie sur un chapitre dédié à la sorcellerie et au fantastique et offre un style parfaitement en adéquation avec le ton de l’histoire. Quant au second, il se charge de l’histoire où Batman rencontre Barbe Noire et nous livre des planches impressionnantes ainsi que des personnages sombres mais aussi très expressifs.
A côté de ces deux poids-lourds, Chris Sprouse et Lee Garbett s’en sortent avec les honneurs et offrent des prestations correctes. Si on pouvait reprocher au premier ses visages parfois inexpressifs, le second, en revanche, nous ferait presque penser à Olivier Coipel sur certaines planches, ce qui n'est plutôt pas mal. Malheureusement, le reste de l’équipe n’offre pas de prestation mémorable. Ryan Sook fait le minimum syndical sur l’avant-dernier chapitre tandis que Georges Jeanty s’avère très décevant et fournit des planches et des visages limite regardables.
Nous remarquerons également qu’Andy Kubert a effectué un travail remarquable sur les covers des différents numéros. C’est beau, détaillé et en même temps très accrocheur ! Du grand art !
En conclusion, Le Retour de Bruce Wayne est une histoire à part dans l’immense run de Grant Morrison. L’auteur tente ici d’amener le personnage sur un territoire où il ne s’est jamais aventuré. L’idée est bonne, novatrice et regorge de possibilités. Morrison s’amuse à réinventer la mythologie de Batman au sein de cette mini-série et multiplie les clins d’œil, de quoi ravir les aficionados du Chevalier Noir. Malheureusement, au final, le tout s’avère bien trop indigeste et incompréhensible à lire. Comme à son habitude, Morrison nous livre donc une histoire riche, réfléchie mais très difficile d’accès, ce qui au final nous empêche d’en apprécier pleinement le contenu. Aux dessins, nous retiendrons surtout les prestations de Yannick Paquette et de Frazer Irving. Ainsi, Le Retour de Bruce Wayne reste, à mon sens, le point noir du génial run de Morrison sur le Chevalier Noir même s’il n’en est pas moins incontournable de part toutes les révélations qu’il amène. [conclusion=2][/conclusion][onaime]- Une idée de base très intéressante et bien exploitée… - Une histoire qui fait réfléchir et qui amène son lot de révélations… - Une réutilisation complète de l’histoire de Batman et des clins d’œil au reste de l’univers DC. - Paquette et Irving qui font des merveilles aux dessins.[/onaime][onaimepas]- … malgré quelques raccourcis et pirouettes scénaristiques. - … mais qui s’avère très difficile d’accès et de compréhension ! Une nouvelle fois, Morrison se perd dans ses délires. - Pourquoi changer d’artiste à chaque numéro ? - Des artistes inégaux et les mauvaises prestations de Ryan Sook et de Georges Jeanty.[/onaimepas]

Batdetective

Passionné des comics depuis l'enfance, j'ai découvert ce monde merveilleux avec les séries animés produites par Bruce Timm : Batman, Superman : L'Ange de Metropolis ou encore la Ligue des Justiciers. Sur MDCU, je m’occupe surtout de l'Encyclopédie et de ma création, la rubrique « Du Dessin A L'Ecran ».

Commentaires

  • Oui, c'est une lecture complexe, difficile et qui ne prend pas le lecteur par la main par de l'exposition mais en quoi est-ce un défaut? Pour moi, c'est comme sortir d'un film de Lynch et dire que c'est nul parce qu'on ne l'a pas compris.
  • Certes, il faut parfois revenir quelques cases (ou pages) en arrière à la lecture pour ne pas trop se perdre, mais de là lui coller un 2/5 parce qu'il faudrait le relire une deuxième fois pour mieux comprendre, ca revient à mettre la même note à presque tout son run ! Je vous trouve un peu dur pour le coup ... Sinon, le fait qu'il y ait un dessinateur différent par chapitre ne m'a pas choqué, car cela permet de faire une transition franche entre chaque époque. Après, on le voit comme on veut mais personnellement je l'ai pris pour un choix assumé qui permet de bien distinguer chaque ère 'visitée' par Bruce. Moi non plus j'ai rien compris aux films de Lynch, mais je dis pas que je n'aime pas, je dis que j'ai rien pigé et que c'est complètement taré :D
  • Bruce Wayne n’est pas mort, mais été envoyé à l’aube de l’humanité par le tyran Darkseid. Amnésique, il va devoir user de toutes ses ressources pour retrouver son chemin dans le temps en avançant d’époque en époque, traqué par les créatures du dictateur d’Apokolips et en croisant des personnages liées à sa famille et au passé de Gotham. Un tome intéressant dans les moments centrés sur les voyages temporels de Bruce Wayne mais qui perd de l’intérêt à cause d’explications complexes dans la narration de Morrison. En bonus les couvertures d’Andy Kubert et les croquis préparatoires et les planches de travail. Déçu aussi mais j'mets 3/5
  • Les changements graphiques sont justement une des forces du récit, chaque période dans le temps a son ambiance, c'est on ne peut plus logique. Et il y a peu de mauvaises prestations à mon sens.
  • Attention messieurs, j'adore Grant Morrison et je suis un fan de l'auteur et de son style. J'ai d'ailleurs fait les reviews des tomes précédents de cette collec' et j'y ai mis 4,5 a chaque fois même sur RIP. J'aime l'idée qu'un comics puisse faire réfléchir mais là non, ca va juste pas. Problèmes de rythme, fin râtée, rebondissements sans effets et surtout, une fucking histoire à laquelle on comprend assez peu de choses au final et croyez-moi, je l'ai relu 3 fois tant j'admire l'homme et son run (qui reste excellent malgré ce râté).
  • Vous inquiétez pas, cette histoire déchire également le staff. J'ai de mon côté par exemple adoré car c'est très intelligent et ça fait appel à énormément de choses développées en quasi 70 ans de comics au moment de sa sortie. Ce récit est une véritable ode au héros et fournit un ensemble plutôt cohérent avec la mythologie batman dans sa globalité, c'est donc une vraie réussite selon moi.
  • Je n'ai pas aimé le travaille de Morrison sur Batman (je me suis extremement ennuyé) et ce récit à été l’apogée de mon ennuie. Du coup je suis pour une fois d'accord avec la review ^^
  • Pour moi le pire moment du run de Morrisson sur Batman, surtout du comme vous dite à un gros manque de rythme (contrairement au batman et robin sorti au même moment). Même si l'idée de base est bien l'execution est pltôt laborieuse, pour ma part la lecture par moment était assez pénible. Après sur l'histoire en soi, c'est du Morrisson en roue libre avec beaucoup de concept noyer dans des explications scientifiques volontairement noyer dans des termes/concepts. Autant sur d'autres de ces travaux je trouve ça bien fait autant la c'est lourd, pour ma par le "j'ai capter au bout de 15 lectures, mais c'est super cool !" ça prend pas. Heureusement Morrisson se rattrape par moment, aprés ça reste dispensable pour moi.
  • Oups ! Dsl pour l'écriture approximative de mon commentaire précédent, j'ai écrit super vite !
  • Un peu d'accord avec tout le monde, mais je l'ai pris quand même, parce que j'ai tous les précédents et que je ne veux pas de trous dans ma collec' Morrison!!

Laisser un commentaire