X-Men

[Review VF] Wolverine : Logan

Le bonheur, c'est simple comme un coup de griffes
Les aventures de Wolverine sont pléthoriques mais les bonnes histoires de notre griffu préféré sont hélas beaucoup plus rares. Et celles qui sont originales font figure d’exception, tant les péripéties du mutant canadien finissent toutes par se ressembler.
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Brian K. Vaughan, l’un des meilleurs scénaristes actuels (Saga, Y le dernier homme, Les fugitifs…), s’est attaqué au personnage en utilisant tous les poncifs ressassés ad nauseam : Logan traité comme un animal, faisant malgré tout preuve d’humanité, tombant amoureux d’une femme superbe et cherchant à assouvir une vengeance. Le tout se déroulant bien évidemment au Japon et levant un coin du voile recouvrant le passé décidément inépuisable du héros. N’en jetez plus ! Qu’est-ce que Vaughan est venu faire dans cette galère, me demandez-vous ? Eh bien, il est venu écrire une excellente histoire. Guère originale, certes, mais qui a su extraire la substantifique moelle du personnage. Oui, Vaughan nous offre rien de moins que le meilleur de celui qui se dit « le meilleur dans sa partie » . Pour parvenir à cet exploit, le scénariste a dû faire appel à ses talents de conteur. Le récit s’ouvre sur deux phrases : « Quand on arrache le cœur d’un homme, le sang à l’intérieur pue le fer chaud et les fleurs fanées. Après toutes ces années, c’est ce que le Japon sent encore pour moi ». Nous sommes dès le départ noyé dans le cliché : Logan narrateur, un contexte introductif violent. Mais Vaughan enrobe cette violence de poésie, ce qui, par contraste, la rend insoutenable. Suit peu après une autre pensée du héros qui annonce la teneur de l’intrigue : « Je peux me remettre d’à peu près tout, sauf des blessures du cœur ». Cette phrase résonne comme une sentence que l’auteur s’emploiera à exécuter tout au long de son récit.
Comme dans toute bonne tragédie, le malheur des protagonistes est inéluctable. Cette tension pèsera tout le long du récit, rendant les rares moments de paix d’autant plus poignants qu’on les sait éphémères. Le ressort dramatique n’est certes pas original, mais il est exploité avec talent. En effet, la qualité d’écriture de Vaughan est incontestable : de nombreuses pages se terminent par une scène ou phrase forte, la plus brillante étant : « C’était le plus beau mot que j’avais jamais entendu ». Je n’aurai pas la cruauté de vous gâcher le plaisir de la découverte en vous révélant de quel mot il est question. Si Vaughan fait dès l’introduction référence au kabuki, le théâtre japonais, il s’inspire pourtant davantage de la structure en trois actes des pièces européennes pour construire son récit. Nous échappons même de peu, flashback oblige, à l’unité de temps, de lieu et d’action chère aux auteurs classiques. La distribution est réduite au strict minimum : trois « acteurs », trois êtres que le fatum amène à se rencontrer et qui vont chacun changer le destin des deux autres. Et ce minimalisme permet d’accentuer l’intensité du drame qui s’opère sous nos yeux.
On pourra s’étonner de ce fantôme du passé qui attend 60 ans le retour de Logan pour se manifester. On pourra même regretter l’abus de clichés liés au Japon, qu’il s’agisse des décors dignes d’une carte postale ou de ce soleil levant sur lequel s’achève la dernière page. Mais on ne pourra pas dire que Vaughan a manqué son coup. Il livre un récit touchant dans lequel il n’hésite pas à mettre à mal la virilité de Wolverine pour dévoiler avec pudeur et sensibilité sa fragilité. Ce n’est pas pour autant un artiste habitué à mettre en scène la subtilité des sentiments qui illustre ce récit. Edouardo Risso, argentin aux mains d’argent, est surtout connu et reconnu pour avoir illustré le polar impitoyable 100 Bullets. On reconnaît facilement parmi ses influences celle du maître Frank Miller, qui a notamment dessiné la première mini-série de Wolverine, qui avait également pour cadre le Japon. Or, loin de lorgner sur son prédécesseur, Risso reste fidèle à son style tout en livrant une composition relativement classique. Le dessinateur étant très à l’aise avec les silhouettes et l‘obscurité, on est presque surpris de ne pas le voir rendre davantage hommage au théâtre d’ombres japonais. Sans doute a-t-il voulu ne pas céder à la facilité, les décors typiquement nippons qu’on lui demandait de représenter suffisant amplement à donner une saveur asiatique à ses planches. C’est avec plaisir que l’on découvre son travail à la fois efficace, élégant et racé. Malgré un cadre très éloigné des environnements urbains dont il a l’habitude, il a su garder la particularité de son trait tout en épousant les exigences du script de Vaughan. Et l’harmonie entre le texte et l’image est renforcée par la superbe colorisation de Dean White (Uncanny X-Force, Thor : God of Thunder…) le bien mal nommé. À l’heure du tout numérique, ses nuances à l’aquarelle apporte une poésie bienvenue et parfaitement adaptée au contexte de l’histoire. Graphiquement, ce comic book un pratiquement un sans faute. Wolverine : Logan n’est pas la plus connue des sagas de Wolverine. Traduite en 2009 par Panini, elle n’a d’ailleurs pas été rééditée depuis, malgré ses qualités indéniables et la sortie du film (il est heureusement encore facile de se la procurer sur Internet ou chez les bouquinistes). Cependant, il serait regrettable de passer à côté car elle est d’une qualité bien supérieure à la plupart des ouvrages consacrés à notre nabot poilu et malodorant que vous pourrez trouver dans les rayons des bonnes et des mauvaises librairies. [conclusion=4,5][/conclusion][onaime]- L’une des meilleures histoires de Logan - Un goût d’indé dans du mainstream - Pas besoin de connaître la continuité pour tout comprendre[/onaime][onaimepas]- On n’échappe pas aux clichés[/onaimepas]

AfA

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