De la différence entre le Boucher et le Bétail
The Walking Dead est enfin de retour pour sa cinquième saison, et autant dire que les téléspectateurs étaient plus que jamais au rendez-vous. La série a en effet enregistré son plus haut historique avec 17,3 millions d’américains réunis devant leur poste de télévision pour découvrir le sort de Rick et sa bande.
Des audiences pharaoniques donc pour une chaîne câblée comme AMC, mais qu’en est-il de la qualité de ce que ces 17 millions de personnes ont eu à se mettre sous la dent.
La série nous a habitué à des entames de saison (et de demi-saison) choc, et une fois n’est pas coutume, la scène d'ouverture de cet épisode est tout simplement dantesque. La tension est énorme, elle est magistralement soulignée par une mise en scène plus efficace que jamais. On regrettera d’ailleurs que ce niveau de réalisation rehaussé ne se soit pas étendu au reste de l’épisode. On y retrouve un niveau auquel la série nous a habitués, sans le petit plus qui rend ces premières minutes haletantes.
La seconde partie en particulier, à mi-chemin entre Saw et The Raid 2, nous rappelle pourquoi nous aimons cette série : une tension maîtrisée et des thèmes forts. D’ailleurs, s’il y a un thème qui se dégage très nettement de la première moitié de l’épisode, c’est bien celui du cannibalisme. Exploré dans les comic books et les jeux vidéo (par TellTale Games), ce thème avait été à peine effleuré dans la série. Ce qui est en revanche franchement agréable, c'est qu'on ne nous l'impose pas, le thème semble faire irruption dans l'histoire de lui-même par petites touches. Il est d'ailleurs parfaitement possible de passer à côté de ce thème, le cerveau encore engourdi par la violence visuelle des premiers instants. Mais nul ne peut nier qu’il est manifeste, en effet, cette première moitié d’épisode prend parfois des accents de reportage sur le marché de Rungis.
Nous y découvrons une petite communauté qui semble avoir industrialisé – à l’échelle de ce qu’il est possible de faire dans le monde de TWD – le cannibalisme. Autant dire que la plupart des plans suivant la libération du groupe de Rick font froid dans le dos tant ceux-ci viennent confirmer les doutes instaurés par la scène précédente.
Ce que l'on nous impose un peu artificiellement cependant, c'est une certaine tension de l'action... Mais au bout de la cinquième saison, nous sommes un peu plus habitués à ces rouages. Il est ainsi possible de pester contre la vrai-fausse tension instaurée lorsque le batteur en charge de briser les cervicales du bétail s'arrête à plusieurs reprises avant de massacrer Glenn... Avouons cependant que cela fonctionne plutôt bien sur les gens à jour sur la série.
Pour l'anecdote, on notera la présence de l'acteur Robin Lord Taylor, qui fait le bonheur des fans de Gotham en y incarnant Oswald Cobblepot.
Nous évoquons au passage le « groupe de Rick » parce que les premières secondes de l’épisode sont dédiées à la séparation du groupe en deux, fragilisant un peu nos héros et conditionnant ainsi les téléspectateurs à s’inquiéter encore davantage pour ces derniers. Bien entendu, la rescousse de ces derniers va s’imposer, ce groupe qui a mis quatre saisons à se former ne peut se séparer à la première mésaventure. Il ne manquait plus qu’un élément perturbateur pour mettre le feu aux poudres, et c’est Carol qui s’en charge au sens figuré comme au sens propre ! Le personnage a pris du galon au fil des saisons et on la retrouve plus géniale que jamais. Les épreuves qu’elle a traversé l’ont véritablement transformée et c’est sans aucun doute l’un des personnages qu’il a été le plus intéressant de voir évoluer. Il ne faut pas oublier que cette dernière était initialement la mère de famille un peu maltraitée par son mari.
Bref, elle met le feu aux poudres – ou plutôt à la réserve de gaz – mais ne s’arrête pas en si bon chemin. L’essentiel du reste de l’épisode est mené tambour battant avec une scène qui rappelle celle du siège de la Prison, à la différence qu’ici nos héros sont tel le ver dévorant la pomme. La mise en scène est semblable au reste de la série, mais des ajustements manifestes ont été faits. Là où les scènes de siège de la saison précédente étaient parfois, pour ne pas dire systématiquement, brouillons, nous en avons une ici extrêmement lisible. Les séquences s’enchainent sans le moindre couac, et l’on prend plaisir à retrouver nos héros enfin libres de leurs mouvements. Contrairement à l’ouverture de la saison précédente, on ne verse plus dans le grand-guignolesque. Les équipes créatives se sont efforcés de revenir à ce qui a fait le succès de cette série. Bref, on nous donne l’illusion d’une œuvre réaliste avec des personnages pourtant extraordinaires qui dézinguent du zombie à tout va, et ce sans se faire ne serait-ce que griffer.
Tyrese est remisé dans une cabane et doit veiller sur Judith, mais il n’est pas mis de côté pour autant. Là aussi on s’efforce de nous montrer que les épreuves passées l’ont changé, si bien que ce dernier est lui aussi capables de choses horribles comme il nous le montre à la fin en tuant un jeune homme à main nue… mais c’était pour la bonne cause, le bougre allait tordre le cou de la petite !
Avant de conclure cette critique, il est important de souligner le fait qu’en plus de ne pas nous imposer trop franchement le thème du cannibalisme, les équipes créatives se sont essayés à la figure de style avec cet épisode. Après environ quatre années passées à lutter contre les zombies, l’humanité peut désormais être séparée en deux allégories opposées : le boucher et le bétail. Ce point est assez intéressant car jusque-là, nous étions plutôt dans la démonstration de « L’Homme est un loup pour l’Homme » de Hobbes. Désormais est émise l’hypothèse qu’une certaine tranche de la population serait en quelque sorte condamnée, tandis qu’une autre serait amenée à proliférer.
Là encore une certaine subtilité est de mise puisqu'au lieu de faire passer la communauté de Terminus pour le Grand Méchant Loup, on nous propose de découvrir leur passé via quelques flashbacks de bon ton. Libre au spectateur de se faire son propre avis à leur sujet. La dernière de ces scènes est notamment l'occasion de retrouver ce qui semble être une sorte de proto-Negan - le talk-show Talking Dead confirmant qu'il ne s'agissait pas de ce dernier, bien que la ressemblance fut frappante.
Terminons par souligner que la fin plutôt positive de cet épisode est joliment nuancée par le retour d'un personnage dont on se demande quelle sera l'évolution.
Des audiences pharaoniques donc pour une chaîne câblée comme AMC, mais qu’en est-il de la qualité de ce que ces 17 millions de personnes ont eu à se mettre sous la dent.
La série nous a habitué à des entames de saison (et de demi-saison) choc, et une fois n’est pas coutume, la scène d'ouverture de cet épisode est tout simplement dantesque. La tension est énorme, elle est magistralement soulignée par une mise en scène plus efficace que jamais. On regrettera d’ailleurs que ce niveau de réalisation rehaussé ne se soit pas étendu au reste de l’épisode. On y retrouve un niveau auquel la série nous a habitués, sans le petit plus qui rend ces premières minutes haletantes.
La seconde partie en particulier, à mi-chemin entre Saw et The Raid 2, nous rappelle pourquoi nous aimons cette série : une tension maîtrisée et des thèmes forts. D’ailleurs, s’il y a un thème qui se dégage très nettement de la première moitié de l’épisode, c’est bien celui du cannibalisme. Exploré dans les comic books et les jeux vidéo (par TellTale Games), ce thème avait été à peine effleuré dans la série. Ce qui est en revanche franchement agréable, c'est qu'on ne nous l'impose pas, le thème semble faire irruption dans l'histoire de lui-même par petites touches. Il est d'ailleurs parfaitement possible de passer à côté de ce thème, le cerveau encore engourdi par la violence visuelle des premiers instants. Mais nul ne peut nier qu’il est manifeste, en effet, cette première moitié d’épisode prend parfois des accents de reportage sur le marché de Rungis.
Nous y découvrons une petite communauté qui semble avoir industrialisé – à l’échelle de ce qu’il est possible de faire dans le monde de TWD – le cannibalisme. Autant dire que la plupart des plans suivant la libération du groupe de Rick font froid dans le dos tant ceux-ci viennent confirmer les doutes instaurés par la scène précédente.
Ce que l'on nous impose un peu artificiellement cependant, c'est une certaine tension de l'action... Mais au bout de la cinquième saison, nous sommes un peu plus habitués à ces rouages. Il est ainsi possible de pester contre la vrai-fausse tension instaurée lorsque le batteur en charge de briser les cervicales du bétail s'arrête à plusieurs reprises avant de massacrer Glenn... Avouons cependant que cela fonctionne plutôt bien sur les gens à jour sur la série.
Pour l'anecdote, on notera la présence de l'acteur Robin Lord Taylor, qui fait le bonheur des fans de Gotham en y incarnant Oswald Cobblepot.
Nous évoquons au passage le « groupe de Rick » parce que les premières secondes de l’épisode sont dédiées à la séparation du groupe en deux, fragilisant un peu nos héros et conditionnant ainsi les téléspectateurs à s’inquiéter encore davantage pour ces derniers. Bien entendu, la rescousse de ces derniers va s’imposer, ce groupe qui a mis quatre saisons à se former ne peut se séparer à la première mésaventure. Il ne manquait plus qu’un élément perturbateur pour mettre le feu aux poudres, et c’est Carol qui s’en charge au sens figuré comme au sens propre ! Le personnage a pris du galon au fil des saisons et on la retrouve plus géniale que jamais. Les épreuves qu’elle a traversé l’ont véritablement transformée et c’est sans aucun doute l’un des personnages qu’il a été le plus intéressant de voir évoluer. Il ne faut pas oublier que cette dernière était initialement la mère de famille un peu maltraitée par son mari.
Bref, elle met le feu aux poudres – ou plutôt à la réserve de gaz – mais ne s’arrête pas en si bon chemin. L’essentiel du reste de l’épisode est mené tambour battant avec une scène qui rappelle celle du siège de la Prison, à la différence qu’ici nos héros sont tel le ver dévorant la pomme. La mise en scène est semblable au reste de la série, mais des ajustements manifestes ont été faits. Là où les scènes de siège de la saison précédente étaient parfois, pour ne pas dire systématiquement, brouillons, nous en avons une ici extrêmement lisible. Les séquences s’enchainent sans le moindre couac, et l’on prend plaisir à retrouver nos héros enfin libres de leurs mouvements. Contrairement à l’ouverture de la saison précédente, on ne verse plus dans le grand-guignolesque. Les équipes créatives se sont efforcés de revenir à ce qui a fait le succès de cette série. Bref, on nous donne l’illusion d’une œuvre réaliste avec des personnages pourtant extraordinaires qui dézinguent du zombie à tout va, et ce sans se faire ne serait-ce que griffer.
Tyrese est remisé dans une cabane et doit veiller sur Judith, mais il n’est pas mis de côté pour autant. Là aussi on s’efforce de nous montrer que les épreuves passées l’ont changé, si bien que ce dernier est lui aussi capables de choses horribles comme il nous le montre à la fin en tuant un jeune homme à main nue… mais c’était pour la bonne cause, le bougre allait tordre le cou de la petite !
Avant de conclure cette critique, il est important de souligner le fait qu’en plus de ne pas nous imposer trop franchement le thème du cannibalisme, les équipes créatives se sont essayés à la figure de style avec cet épisode. Après environ quatre années passées à lutter contre les zombies, l’humanité peut désormais être séparée en deux allégories opposées : le boucher et le bétail. Ce point est assez intéressant car jusque-là, nous étions plutôt dans la démonstration de « L’Homme est un loup pour l’Homme » de Hobbes. Désormais est émise l’hypothèse qu’une certaine tranche de la population serait en quelque sorte condamnée, tandis qu’une autre serait amenée à proliférer.
Là encore une certaine subtilité est de mise puisqu'au lieu de faire passer la communauté de Terminus pour le Grand Méchant Loup, on nous propose de découvrir leur passé via quelques flashbacks de bon ton. Libre au spectateur de se faire son propre avis à leur sujet. La dernière de ces scènes est notamment l'occasion de retrouver ce qui semble être une sorte de proto-Negan - le talk-show Talking Dead confirmant qu'il ne s'agissait pas de ce dernier, bien que la ressemblance fut frappante.
Terminons par souligner que la fin plutôt positive de cet épisode est joliment nuancée par le retour d'un personnage dont on se demande quelle sera l'évolution.
En Résumé
Points forts
- Le rythme
- La subtilité
- La réalisation maîtrisée
- La subtilité
- La réalisation maîtrisée
Points faibles
- Negan or Not Negan ?!
- La vraie-fausse tension
- La vraie-fausse tension
4.5/5
Pour son retour à l'antenne, The Walking Dead met tout le monde d'accord avec un épisode haletant dans lequel l'horreur côtoie la réflexion. En bonus, certains personnages se révèlent pour notre plus grand plaisir.






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