Le dessinateur de Walking Dead se confie
Cette année, le festival BD d'Angoulême accueillait Charlie Adlard, l'artiste surtout connu pour être le dessinateur du comics le plus vendu en France : Walking Dead. Cela fait maintenant plus de 10 ans qu’il est sur la série, et il ne semble pas se lasser. Il s’ouvre cependant de plus en plus à de nouveaux projets. Sa présence au festival m’a permis de le rencontrer, et de pouvoir discuter de son actualité, et de ses projets. S’il peut être impressionnant de retrouver face à face avec un tel auteur, il rend tout ça très facile grâce à son accessibilité, sa gentillesse et sa sympathie.
Pour commencer, qu’est-ce que ça fait d’avoir le même prénom que tout le monde en ce moment ?
C’est un peu bizarre ! (rires) Bien sûr. J’étais à Paris hier, dans les bureaux de Delcourt, il y avait des pancartes Je suis Charlie sur les portes extérieures. J’aurais aimé m’arrêter devant la porte, et me tenir là faisant… (il lève les pouces et sourit) Mais ca aurait été tellement mal de faire ça... Je me sens aussi vulnérable que n’importe quel créateur d’un coup. L’art n’avait jamais été attaqué avant. Les attaques du 11 septembre contre le World Trade Center ne visaient pas l’art en spécifique. La plupart des attaques terroristes ne visent pas l’art, mais plus généralement les politiques par exemple. Même si au final, ça signifie la même chose, une attaque contre la liberté, et la liberté d’expression, etc. C’est du coup plus difficile de se mettre derrière sa table de dessin, ce qui ne veut pas dire que les gens vont arrêter de dire des choses, dire ce qui est juste, avoir la liberté de parler de ce dont ils ont envie de parler, ce qui est la seule façon de continuer à avancer. C’est le seul moyen de combattre ça : continuer. Je ne suis pas particulièrement politique dans ce que je fais évidemment. Je ne suis pas un satiriste, mais personne ne m’empêche de dire ce que je ressens en interview par exemple. Donc oui, que Charlie Hebdo continue !
C’est un peu bizarre ! (rires) Bien sûr. J’étais à Paris hier, dans les bureaux de Delcourt, il y avait des pancartes Je suis Charlie sur les portes extérieures. J’aurais aimé m’arrêter devant la porte, et me tenir là faisant… (il lève les pouces et sourit) Mais ca aurait été tellement mal de faire ça... Je me sens aussi vulnérable que n’importe quel créateur d’un coup. L’art n’avait jamais été attaqué avant. Les attaques du 11 septembre contre le World Trade Center ne visaient pas l’art en spécifique. La plupart des attaques terroristes ne visent pas l’art, mais plus généralement les politiques par exemple. Même si au final, ça signifie la même chose, une attaque contre la liberté, et la liberté d’expression, etc. C’est du coup plus difficile de se mettre derrière sa table de dessin, ce qui ne veut pas dire que les gens vont arrêter de dire des choses, dire ce qui est juste, avoir la liberté de parler de ce dont ils ont envie de parler, ce qui est la seule façon de continuer à avancer. C’est le seul moyen de combattre ça : continuer. Je ne suis pas particulièrement politique dans ce que je fais évidemment. Je ne suis pas un satiriste, mais personne ne m’empêche de dire ce que je ressens en interview par exemple. Donc oui, que Charlie Hebdo continue !
Intéressons-nous maintenant à The Walking Dead…
Oui ! Changeons de sujet, parlons de l’apocalypse des zombies ! (rires)
Envisagez-vous un jour des mini-séries nous montrant ce qu'il se passe dans le reste du monde ?
Robert [Kirkman] et moi en avons parlé, et nous nous sommes toujours dit la même chose. La beauté de The Walking Dead - le comics en tout cas - est qu’on ne diluera jamais l’histoire principale. Nous n’irons jamais à d’autres endroits dans le monde. L’histoire de The Walking Dead se concentre sur ces personnages qui essaient de survivre à l’apocalypse. Tout le reste est hors sujet. Vous supposez juste que le reste du monde souffre, et il souffre. Et, en gros, les personnages que l’on suit sont comme un microcosme du monde de toute façon. C’est comme ça qu’un drame se joue. On a la représentation d’à peu près tous les types de personnages, et de tous les stéréotypes pour ainsi dire. Donc au final, vous racontez l’histoire du monde entier, mais centrée sur une histoire en particulier. Ça semble plutôt hors sujet d’aller à Paris, ou ailleurs, pour voir ce qui s’y passe. Ça sera pratiquement la même histoire, les mêmes types de personnages, etc. On préfère se concentrer sur une chose, ne pas diluer l’histoire avec plein d’autres séries, et sortir un comics tous les mois dans les temps. C’est comme ça qu’on veut continuer.
Donc ça veut dire que Rick ne mourra jamais ?
Je ne peux pas dire ça ! (rires) Il n’est pas immortel ! Il peut facilement mourir, n’importe quand. C’est le principe de la série, on se focalise sur un groupe entier de personnages. Ok, Rick a été le personnage principal, mais il ne l’est pas nécessairement pour le reste de la série. Il peut être facilement tué, et je pense que The Walking Dead aura toujours autant de succès que maintenant. Ce n’est pas comme tuer Batman dans un titre Batman, ou Superman dans un titre Superman…
Le titre est The Walking Dead, pas Rick Grimes…
Oui, exactement ! (rires)
Que penses-tu du spin-off de la série TV, qui va explorer de nouveaux recoins de l’univers de The Walking Dead ?
Si c’est ce qu’ils veulent, c’est bien, nous n’avons aucun contrôle sur ce qu’ils font. En fait, Robert n’a pas vraiment tant de contrôle que ça sur ce qu’AMC veut faire avec cet univers. Personnellement, je me concentre sur le comics, et c’est tout. C’est là qu’est l’histoire principale, là où la série TV prend son inspiration. Si AMC pense que c’est une bonne idée, je leur souhaite bonne chance. Robert est impliqué, donc c’est gage de qualité. Il va contrôler que le spin-off ne soit pas une imitation bas de gamme.
Comment as-tu pris la récente ellipse temporelle dans le comics ? Etait-ce un nouveau challenge pour toi, notamment le fait de redesigner les personnages et de créer de nouvelles choses ?
C’était excitant, parce que c’était comme faire un nouveau livre. C’était totalement bénéfique. Ça fait 10 ans qu’on travaille sur la série, et en changeant les choses comme on l’a fait, ça nous redonne de l’enthousiasme. Nous n’avons pas tout à fait redesigné les personnages, ça va avec le réalisme de ce que nous faisons, ce n’est qu’un saut de 2 ou 3 ans. Ce que nous avons fait, c’est juste couper des cheveux, ou les faire pousser. On ne vieillit pas tant que ça en quelques années. Le seul changement notable concerne les enfants, Carl et les autres. Ce ne sont plus des enfants, mais quasiment des adultes. C’était globalement positif.
En avez-vous parlé avant avec Robert ?
Oui, nous avons eu une longue conversation. Il m’a dit ce qu’il prévoyait de faire, nous avons parlé des personnages principaux et de ce à quoi ils allaient ressembler, ainsi que les changements que l’on pouvait faire. Donc oui, on a beaucoup discuté. On avait vraiment besoin de cette discussion.
As-tu des personnages que tu aimes tellement que tu ne voudrais pas dessiner leur mort ?
Pas vraiment, parce que c’est une des choses qui font que The Walking Dead fonctionne. Le fait que littéralement n’importe qui peut mourir. Même Rick. La série est assez forte pour survivre sans les actuels personnages principaux. Je ne suis pas particulièrement content de torturer les personnages, je vois ça plus comme une progression de l’histoire que Robert a écrite. Ça m’est égal au final.
Lis-tu des comics durant ton temps libre ?
Oui, je lis des BD depuis que j’ai 6/7 ans. Et j’en lis encore.
Américaine ou européenne ?
Surtout américaine, parce que je ne sais pas lire le français. (rires) J’en lirai si je pouvais.
Il n’y a pas de traduction en Angleterre ?
Le problème avec l’industrie américaine ou anglaise, c’est qu’elle ne traduit pas vraiment les BD francophones. Ce que je trouve honteux, parce que j’en lirai plus sinon. J’ai des centaines de BD francophones à la maison, et je ne peux en lire aucune ! Parce que j’aime étudier les fantastiques dessins. Mais je suis trop fainéant pour travailler mon français. Donc je lis surtout des BD américaines. Ça me permet de me tenir au courant de ce qui se fait dans l’industrie. Mais je lis très peu de comics de super-héros. J’ai pratiquement arrêté les super-héros.
Quelles séries lis-tu du coup ?
Je prends beaucoup de plaisir, et je ne dis pas ça parce que je travaille pour eux, à lire des séries Image. Ma série préférée du moment est probablement Lazarus. C’est une bonne période pour l’industrie américaine, j’espère juste que ça continue, et que ça montre à Marvel et DC qu’il y a une autre façon de faire que de ressortir toujours les mêmes personnages, et les mêmes intrigues tous les deux ans. C’est terriblement ennuyeux de lire des comics de super-héros aujourd’hui, on a l’impression qu’ils ne servent qu’à faire de la pub pour les films. Je pense que c’est de pire en pire. C’est quand même bien de voir les films avoir du succès, mais ça ne veut cependant pas dire que les comics doivent devenir idiots. Quelle est la solution ? C’est bien de voir une entreprise comme Image avoir du succès aujourd’hui, pour montrer aux fans qu’on n’est pas obligé de faire un autre reboot de Spider-Man ou des X-Men. On peut juste lire une histoire pour ce qu’elle est. Une bonne histoire.
As-tu lu d’autres comics de Robert ?
Oui, j’ai lu Outcast. En tant qu’artiste, j’aime bien voir le travail sur les dessins aussi, et je suis un grand fan du travail de Paul Azaceta. Je voulais donc vraiment lire Outcast. Bien sûr, je sais que Robert est un bon scénariste. C’était d’ailleurs un peu étrange de lire Outcast, parce que je connais Robert si bien que je ne pouvais voir que son script et ses dialogues dans la série. Donc c’est amusant de voir un autre artiste aborder les idées de Robert, et toutes les choses qu’il peut mettre dans mes scripts. Je prends beaucoup de plaisir à lire Outcast. Comme je l’ai dit, j’aime beaucoup les séries issues d’Image et de Skybound. Ça doit représenter 90% de mes lectures comics.
Si tu as du temps pour dessiner à côté de The Walking Dead, qu’aimerais-tu faire ?
Eh bien, de la BD française. C’est ce que j’aime aussi. J’ai déjà fait une BD il y a quelques années pour Soleil qui s’appelait Le Souffle du Wendigo. J’ai vraiment adoré faire ma première BD française. Robert et moi essayons de faire une BD à la française (The Passenger). Ça devrait sortir un jour – ça a pris du retard. C’est co-édité par Delcourt et Image, et ce sera dans un format européen. Autre chose du côté européen, j’ai eu un contrat pour faire Vampire State Building, toujours chez Soleil. Je devrais commencer sous peu, j’ai hâte de m’y mettre. C’est la raison pour laquelle je ne fais plus que les crayonnés sur The Walking Dead, pour me donner plus de temps pour d’autres projets.
Serais-tu intéressé par écrire quelque chose ?
Non, je ne suis qu’un dessinateur ! (rires) Je n’ai jamais été intéressé par l’écriture. Je préfère prendre du plaisir en dessinant.
Et pour finir, comment va ton groupe de musique ?
Ça va bien ! (rires) Sais-tu que l’on a un album ? Je te le montre. C’est un LP de Cosmic Rays.
Où peut-on l’acheter ?
Tu peux le trouver sur Amazon ou sur http://spaceheadrecords.co.uk/. Il y a aussi un vinyle qui est disponible ce mois-ci chez Diamond, le grand distributeur américain de comics. Il est donc possible de l’acheter dans les comic shops. S’il vous plait, achetez-le !! (rires) Nous avons quelques concerts qui arrivent, et on devrait commencer à enregistrer le second album à la fin de l’année. Phil [Winslade], notre guitariste, est aussi un dessinateur, il a fait l’image du devant de l’album et j’ai fait l’intérieur et l’arrière. Je vraiment fier de cet album. On va faire un concert vers Amsterdam fin mars. Un concert européen ! (rires)
Merci beaucoup !






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