Frank Miller est réputé pour avoir traité des thèmes complexes dans ses comics. Lors d'une interview au NYCC, l'auteur de 300, Sin City ou encore The Dark Knight Returns a déclaré qu'il aimerait raconter les origines de Superman, en prenant en compte son héritage juif. Il explique :
Il a une histoire durant la Seconde Guerre Mondiale, et j'aimerais le remettre dans ce contexte. Superman a besoin de confronter ses racines juives, et j'aimerais écrire ça. J'aimerais le voir faire face à un camp d'extermination.
Pour rappel, Superman a été créé par Jerry Siegel et Joe Shuster en 1938, et est considéré comme une réponse directe à l'emprisonnement, à la torture et au meurtre des juifs par le Troisième Reich. A l'époque, le parallèle était tellement évident, que Goebbels a publiquement condamné Superman et Siegel.
Les signes de l'héritage juif de Superman ont disparu avec le temps, remplacés par un symbolisme plus chrétien. Cependant, le héros garde notamment son nom, Kal-El, qui sonne comme "voix de Dieu" en hébreu. Si Miller arrive à raconter son histoire, ce sera donc un retour au source pour Superman. Est-ce que ce projet vous intéresserait ?


Commentaires
PS : pour info, beaucoup de super-héros ont un "père" Juif : Superman, Batman, la plupart chez Marvel (Stan lee étant Juif), etc. Ainsi, il serait intéressant de voir également ce genre de "confrontation" avec Batman, Spider-man, etc.
Wait and see !
Personnellement, je considérerais une telle tentative comme une régression qui passerait à côté de l'essence du mythe qui s'est développé petit à petit, après sa création.
L'héritage juif bien qu'important historiquement limite énormément le super-héros, et ne tient aujourd'hui que si on idéalise fallacieusement le judaïsme. Pour bien s'en rendre compte, il faut définir ce que serait ce Superman hébraïsé. Tout d'abord, voyons ce qui insisterait sur des traits toujours d'actualité du personnage. Bien entendu, c'est donc mettre en avant le caractère de survivant et de réfugié d'un peuple exterminé, cause naturelle pour le coup. Mais la tradition juive a toujours vu son histoire comme celle de la survie face à d'autres peuples mais aussi de manière générale en perpétuelle épreuve même naturelle. C'est aussi donc mettre l'accent sur le caractère du perpétuel étranger, celui qui s'intègre à une société mais qui n'en fait jamais vraiment partie, qui appartient fondamentalement à une autre communauté. Une perspective très souvent réutilisée à l'heure actuelle, en présentant un Superman tourmenté par cette impossibilité d'être humain. Et qui implique aussi régulièrement, cette idée d'un superman mondial, qui ne sert pas une unique nation mais sert l'humanité. C'est l'idée aussi de la diaspora, d'un peuple qui ne se résume pas à une nation, même si aujourd'hui l'idée même de la nation d’Israël amenuise cette séparation originelle, opposant judaïsme et étatisme.
A l'origine, cette force, c'est donc celle aussi du Golem, qui est une force colossale permettant de lutter contre des danger titanesques, des régimes politiques, des super-puissances, mais aussi des catastrophes naturelles.
Mais cette assimilation au golem introduit déjà les limites de cet héritage, certes, il apparaît donc comme un espoir. Mais le golem juif reste avant tout un danger, celui qui finit quasi-systématiquement par se retourner contre son créateur, une aberration de la nature, la créature de Frankenstein. Et même si on aime voir les version alternatives diaboliques de superman, qui sont très fascinantes et intéressantes, et que régulièrement, on le voit aussi dans les récits canons régulièrement mais temporairement moralement transformé, contaminé par doomed, manipulé par la magie... Mais soyons honnête l'essence de Superman reste ce symbole qui inspire la confiance, et qui reste un véritable étalon moral, une valeur sûre. Bien loin de l'arme qu'est le Golem. Et il faut aller voir plus loin. L'espoir que représente finalement superman n'est plus du tout l'espoir hébreu du sauveur sauvant le peuple juif, mais bien l'espoir chrétien sauvant l'humanité. Il ne faut pas oublier tout de même que le judaïsme contrairement au christianisme et même à l'islam n'est pas une religion universaliste, cherchant à convertir l'humanité. Le judaïsme repose sur l'idée stricte d'un peuple élu qui sera le seul sauvé, même si certains "justes" auront droit à un traitement particulier. Le judaïsme ne pousse pas du tout à un véritable mondialisme donc, il y a un dépassement de l'idée de nation à la base mais tout simplement pour mettre en avant non pas un humanisme, mais l'idée d'un peuple juif. D'ailleurs dans un pays catholique et laïc comme la France, théoriquement, l'idée même de parler d'un peuple juif n'a aucun sens. Un peuple n'est pas censé selon nous se définir par sa religion. On ne confond justement pas peuple et confession. Et tout aussi religieux que soit les états-unis d’Amériques, beaucoup moins laïc que les européens, et aussi pro-israélien soient-ils, eux-non plus finalement ne confondent pas peuple et confession. Au point même que l'idée d'être américain, une idée d'ailleurs ancrée chez Miller, reste fondamentale et dépasse toute confession religieuse, toute origine et tout race. L'identité américaine prime sur tout autre caractéristique. Et l'identité américaine se fonde sur une tentation universaliste, sur la fameuse "destiné manifeste" introduisant l'idée d'être un guide et un protecteur mondial. Et c'est ce qui explique d'ailleurs que persiste le mondialisme de Superman, qui reste profondément américain, soutenant les valeurs de l’Amérique, et parfait symbole des institutions traditionnels propres à ce pays, tel le journalisme d'investigation notamment. On est finalement bien loin de la séparation juive avec l'idée de nation.
Superman représente, un symbole qui unit, et qui se préoccupe de l'humanité, quitte justement à se détacher de son héritage kryptionniens pour aspirer à celui de l'humanité. Les tourments de Clark justement mentionnés précédemment ne sont pas celui du survivant qui est isolé, loin des siens, regrettant l'absence des kryptionniens, mais bien celui justement d'un humain, d'un américain, qui veut s'intégrer mais n'y arrive pas totalement. C'est une aspiration contraire à celle juive.
Cette tentation universaliste prouve bien que le super-héros, s'il a dépassé toute association directe avec quelque religion, chrétienne ou juive, se définit depuis bien des décennies, depuis que le mythe finalement s'est cristallisé à partir de présupposés chrétiens, qui différents des présupposés juifs. Revenir à une interprétation juive, c'est passé à côté de la force de ce super-héros qui garde encore aujourd'hui un poids phénoménal sur la durée, même s'il ne crée plus un phénomène aussi intense qu’auparavant et que certains osent même dire, malheureusement selon moi, qu'il est ringard et lisse. (je pense pas qu'ils aient beaucoup lu de superman ceci-dit)
Historiquement, dès le début, en réalité, l'héritage juif était limité car masqué, non officiel pour mieux placer auprès d'un lectorat large. C'est une véritable fausse bonne idée, et même s'il faut toujours attendre de voir le résultat avant de juger et que je lui laisserai toujours une chance, je suis un peu déçu par Miller. A l'évidence, il semble mieux saisir l'essence de Batman que de Superman. Ce n'est cependant pas étonnant, j'adore Miller qui est un auteur réactionnaire, mais j'utilise le terme sans le moindre jugement. Léautaud lui-même réactionnaire, aimait à dire que "les réactionnaires étaient les seuls véritables modernes", et cet axiome comme Miller n'est pas que provocation mais découle d'un véritable et subtil raisonnement. Même si on aperçoit ces subtilités que dans les œuvres de Miller et malheureusement jamais dans ses propos. Mais n'est-ce pas l'essence d'un artiste, de penser le monde à travers son art et non pas à travers ses prises de positions publiques, orales et improvisées. Ça c'est un travail pour les politiciens et les spécialistes de la communication et du marketing. Et ce n'est pas non plus, de les rationaliser à travers une argumentation abstraite, c'est le travail de penseurs et d'universitaires.
Si l'essai de Miller est orienté vers la haine de l'arabe cela sera sans aucun intérêt.