La review du jour est un titre proposé par Delcourt. Il s'agit de l'intégrale de Kill or be killed, écrit par Ed Brubaker, et dessiné par Sean Phillips. Il est sorti hier, le 7 mai, pour 45,50 euros. Il contient les titres US Kill or be killed #1 à 20.
La "dream team' formée par Ed Brubaker et Sean Phillips frappe à nouveau ! Kill or Be Killed est un thriller sombre, nerveux et intense qui nous conduit sur les pas d'un jeune homme forcé d'assassiner des criminels et des sales types... afin de survivre ! Cette série est proposée pour la première fois en intégrale.
Après une tentative de suicide ratée, Dylan est sauvé par un démon, qui lui propose un marché. Il doit assassiner au moins un salopard par mois afin de gagner le droit de survivre. Et bien entendu, comme tout tueur, il va devoir pratiquer son premier assassinat, ce qui s'avère plus difficile que prévu... De plus, il se débat pour cacher ce secret qui met lentement sa vie en miette, ainsi que celle de ses proches.
Delcourt sortait en 2018 et 2019 Kill or be killed, une série complète en 4 tomes. Aujourd’hui, l’éditeur remet le couvert et propose une intégrale regroupant tous les albums. Nous nous retrouvons donc avec un bel album, contenant un récit complet, et surtout à un prix très compétitif. En effet, les tomes simples coutaient 16,50 € chacun, soit 66€ le tout. Soit un prix plus élevé d’une vingtaine d’euros par rapport à l’intégrale. Il y a cependant un autre coût, l’absence de bonus dans l’intégrale, alors qu’il y avait une galerie de couvertures dans les 4 tomes simples.
L'album débute avec un gars encagoulé en train de tuer plusieurs personnes. Ce gars, c'est Dylan, le personnage principal, qui s'adresse directement au lecteur à la première personne. Il va nous raconter pourquoi il est devenu un tueur. On revient donc dans le passé avec lui : Dylan est juste un étudiant ordinaire, avec une vie assez quelconque et même assez triste depuis que sa meilleure amie sort avec son coloc. Solitaire, il franchit le pas et fait une tentative de suicide. Ayant survécu, un démon apparaît, lui dit l'avoir sauvé, et en échange de sa vie, il doit tuer régulièrement des méchants. Une fois par mois, sinon il mourra.
Un peu comme dans Fatale, l’aspect fantastique sert l'histoire et permet à Brubaker d'exploiter des thèmes très sombres. Dylan est un bon gars dont on a profité, et ce démon va lui donner toute légitimité à se défouler, à obtenir sa revanche sur la vie et à vivre une espèce de catharsis. L'ensemble est assurément très pessimiste, et nous montre les côtés les plus sombres de l'humanité. Le sujet principal est l'injustice, et Dylan, en ne devant tuer que des gens mauvais, propose une volonté de rétablir la balance de cette justice bafouée.
Kill or be killed est un polar, avec une narration à la première personne, ce qui est assez classique pour ce genre. Mais la façon de s'exprimer de Dylan est très dynamique et très fluide. La lecture est agréable malgré de gros blocs de texte. De plus, le Dylan qui raconte a déjà vécu tous ces événements, ce qui permet à Brubaker de raconter le récit de façon non linéaire : Dylan parle, et revient parfois sur des détails en racontant une autre partie de l'histoire. Tous ces procédés rendent la lecture vraiment intéressante et dynamique, même si la réunification des lignes narratives finit par s'opérer pour aboutir, dans le dernier acte, à un récit ancré dans le présent où tout peut arriver.
L'ambiance est soulignée par la colère que contient Dylan contre la société et le système. Nous sommes au plus proche de la rue, avec des gens énervés contre les injustices quotidiennes. Notre héros va rapidement décider de s'en prendre aux criminels en col blanc, eux qui sont finalement rarement la cible dans un comics. Dylan va également s'attaquer à la mafia russe, et se retrouver pris sur le fait, ce qui va déclencher une traque menée tambour battant. New York va mettre tous les moyens pour le traquer, bon moyen de critiquer l'état policier qui a pu être mis en place suite à des attentats par exemple. Les auteurs ne prennent cependant pas parti, c'est vraiment le personnage qui côtoie l'extrémisme, alors qu'il est lui-même un tueur qui ressent peu de remords. Brubaker joue aussi avec sa dépression, les médicaments qu'il prend, et pose en permanence la question de la réalité du démon.
La personnalité de Dylan est passionnante, mais l'auteur travaille aussi ses autres personnages, notamment Kira, qui a même le droit à un chapitre complet sur son passé et ses émotions. Le nombre réduit de personnages traités permet de s'y attacher, et le scénariste les définit très bien. Pour ce qui est de la conclusion, on pouvait redouter le pire, mais Brubaker s'en tire très bien. Sans s'attarder sur les détails pour ne pas divulgâcher, la fin évite la plupart des écueils que l'on aurait pu imaginer et termine avec brio la série.
Au niveau du dessin, Phillips s'en sort bien entendu très bien. La collaboration avec la coloriste Elizabeth Breitweiser fait des étincelles. Le trait plutôt réaliste du dessinateur est souligné par de magnifiques teintes, avec des planches très sombres qui contrastent avec de belles pages claires. On aurait peut-être aimé un peu plus de folie ou de variations comme dans Fondu au noir, mais ça reste l'une des meilleures prestations de l'artiste. L'album n'est par ailleurs pas destiné aux enfants, avec sa violence explicite et la présence de nus.
Finalement, Kill or be killed est une des plus belles réussites de leurs auteurs, un récit intelligent avec des idées fortes et un personnage principal bien écrit et profond. Cette série s'avère être une œuvre majeure du duo Ed Brubaker et Sean Phillips, qui arrivent encore une fois à offrir une proposition pertinente, tout en restant fidèles aux thèmes qui leur sont chers. Si vous aimez le duo, il n'y a même pas à hésiter, et si vous ne le connaissez pas, Kill or be killed est un excellent moyen de le découvrir.
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En Résumé
Points forts
Le personnage de Dylan
Une conclusion intelligente
Les dessins
Points faibles
Kill or be killed est une série cohérente du début à la fin, portée par un duo d'auteurs au sommet de leur art. Une lecture indispensable pour les amateurs de polar sombre et de comics adultes.





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