La review du jour est un titre proposé par Pictavita. Il s'agit de La femme la plus laide du monde - Mary-Ann Bévan (1874-1933) écrit par Alice Geslin et dessiné par Jean Côme. Il est sorti le 2 septembre pour 22€.
Angleterre, fin de la Première Guerre mondiale. Mère de famille nombreuse, infirmière de son état, Mary-Ann Bevan développe une maladie qui déforme progressivement son corps jusqu'à l'empêcher d'exercer toute activité professionnelle. Acculée par la maladie et son veuvage, elle s'inscrit au concours de la "femme la plus laide possible" organisé par l'antenne anglaise du cirque américain Barnum & Bailey, afin de subvenir aux besoins de sa famille. Une fois couronnée, elle accepte de s'enrôler et d'exhiber sa présumée monstruosité dans les freak shows, aux côtés d'autres "monstres humains" aux malformations physiques hors-normes.C'est aux États-Unis, à Coney Island -- où les freaks sont présentés comme de grands artistes et leur popularité immense -- qu'elle gagne le surnom de "femme la plus laide du monde" dont elle tire fierté et richesse... Elle peut ainsi réaliser son rêve : financer de bonnes études à ses enfants, leur donner les moyens de de vivre libres... mais loin d'elle ! Qui était vraiment Mary-Ann Bevan ? Une victime ou une femme libre ? Une mère égoïste ou un modèle d'abnégation ? A chacun de se forger son opinion.
Contrairement à ce que vous insinuez, je ne cherche pas des hommes, non. Ce qui m'intéresse, moi, ce sont les monstres.
La BD La femme la plus laide du monde - Mary-Ann Bévan (1874-1933) est l'histoire vraie (accompagnée des libertés habituelles) de Mary-Ann Bévan, une britannique connue pour sa transformation physique après avoir développé une acromégalie. De là, elle va devoir se résoudre à changer et, de fil en aiguille, va devenir une attraction incontournable des anciennes foires aux monstres. Avec un sujet pareil, il est difficile de ne pas éprouver un minimum de curiosité vis-à-vis de la vie Mary-Ann. Comment est-ce arrivé ? Dans quelles circonstances ? A quoi ressemblait sa vie ? Tous ces éléments et d'autres sont abordés de la plus belle des manières. Le synopsis est atypique, le sujet poignant et chaque planche est un véritable ascenseur émotionnel. Néanmoins, au-delà du récit en lui-même, c'est bien évidemment l'invitation à la réflexion qui est le véritable point fort de l'ouvrage. Se plonger dans cette lecture, c'est également se questionner sur le physique, le regard des autres, la dignité en bref, j'ai envie de dire, se questionner sur l'être-humain. Bien sûr, ce type d'attraction est à présent révolu néanmoins, il n'est pas sûr que le temps des jugements lui, le soit. Car si, de nos jours, on ne ferait plus payer une entrée pour aller voir madame Bévan, la "femme la plus laide du monde", il y a fort à parier qu'une bonne partie de la population continuerait de la montrer du doigt ou de la dévisager de la même manière. Tout cela pour dire que la vie de Mary-Ann Bévan était digne d'intérêt le siècle dernier mais elle l'est tout autant aujourd'hui. En ce sens, on ne peut qu'apprécier le travail proposé ici et, surtout, les questions qui l'accompagnent.
Après, tout n'est pas parfait non plus. Dans le sens où on nous propose la vie de Mary-Ann Bévan, on ne peut que trouver dommage de voir que la vie de cette dernière semble ne démarrer qu'à ses 32 ans soit lorsque les problèmes ont commencé. Bien sûr, il est possible que le passé soit moins connu, moins documenté. Dès lors, il était peut-être difficile de parler de cette période. Maintenant, dans le sens où est il est expliqué que l'oeuvre ne reflète pas 100% réalité et que certaines libertés ont été prises pour le "bien de l'histoire" et pour améliorer le processus narratif, on avait autant jouer cette carte pour incorporer quelques planches dédiées aux plus jeunes années de Bévan. Après, certains pourraient trouver cette partie hors de propos dans un sens. Après tout, bien que l'on veuille raconter la vie du personnage, il est évident que ses difformités reste l'élément central de l'ouvrage et, je dirais même, sa raison d'être.
Jesus. Mais que fait donc cette lépreuse au beau milieu des malades ?
Pour ce qui est de la partie graphique, elle possède plusieurs qualités qui pourraient presque systématiquement être résumées par un seul mot : équilibre. Le découpage des planches est conventionnel mais efficace, les cases sont généreuses sans être surchargées de détails non plus et surtout le trait... L'approche visuelle de Mary Ann Bevan est intelligent et, encore une fois, tout en équilibre. Entendez par là qu'il est évident que l'on représente un personnage laid, difforme mais sans en faire une "bête de foire" justement. C'est d'ailleurs la même chose pour ce qui est de la transmission des émotions. Malgré la laideur du personnage, il est évident que le dessinateur veut montrer toute l'humanité que Mary était capable de dégager mais, ici encore, sans en faire trop. On ne veut pas apitoyer le lecteur. On veut juste lui raconter l'histoire de cette femme assez incroyable. Cela tombe bien, c'était exactement ce que nous voulions.
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En Résumé
Points forts
- Des émotions fortes
- L'invitation à la réflexion
- Un dessinateur qui a compris les tenants et les aboutissants de l'ouvrage
Points faibles
Le genre d'ouvrage que l'on devrait étudier à l'école.




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