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[Review] Le dernier pilote

Edité par Astrolabe

La review du jour est un titre proposé par Astrolabe. Il s'agit de Le dernier pilote écrit et dessiné par Sean Murphy. Il est sorti le 25 septembre 2026 pour 25€. Il contient les titres US... eh ben non ! Sean Murphy a beau faire du comics (ndlr : nous lui devons, entre autres, l'incontournable The White Knight), l'ouvrage proposé aujourd'hui a été réalisé en collaboration avec Astrolabe. 

Dans un monde dominé par l'intelligence artificielle, Clutch est une relique vivante. Dernier pilote capable de conduire une voiture thermique, il est aussi le seul à pouvoir échapper aux systèmes de surveillance. Un talent qui attire l'attention de Kowalski, baron du crime local. Celui-ci lui propose un marché : une ultime course en échange du coeur qui pourrait sauver sa petite fille Cuda d'une mort précoce.

Piloter, c'est mon affaire... Et les affaires tournent à plein régime.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il serait de bon ton de parler un petit peu d'Astrolabe. Pour ceux qui auraient manqué notre news du mois dernier, il s'agit d'un nouvel éditeur BD qui nous proposera des réalisations internationales mais également francophone avec des noms tels que Sean MURPHY, Matteo SCALERA, Ram V, Mattson TOMLIN, James TYNION IV, Frederik PEETERS, Serge LEHMAN, Sylvain REPOS ou encore Kid TOUSSAINT pour ne citer qu'eux. Nous vous avons déjà parlé du tome 1 de Poupre-Sang et du Quatrième père tome 1. Aujourd'hui, nous passons au premier ouvrage placé dans la catégorie Hors collection. Et lorsque l'on a l'ouvrage entre les mains, on comprend pourquoi.

Dans cet ouvrage, Sean Murphy nous présente un univers dans lequel évolue un homme qui refuse de se soumettre aux nouvelles règles dictées par l'IA dans le milieu automobile. Au-delà de cet homme, nous avons donc un Sean Murphy qui critique notre société. Un peu trop et pas vraiment de manière discrète diront certains mais quoi qu'il en soit, on voit où Murphy veut en venir et c'est sans doute ça le principal. Le point de départ est très intéressant puisqu'il est on ne peut plus d'actualité : le passage de l'essence à l'électrique. Une évidence pour la société, la première grosse erreur selon notre dernier pilote. Et lorsque l'on voit, rien qu'en France, comment le gouvernement traite les utilisateurs des voitures à diesel alors que ces mêmes utilisateurs étaient applaudis cinq ans plus tôt lorsqu'ils étaient comparés aux utilisateurs des voitures à essence, on ne peut que s'interroger et se mettre à la place de Clutch. Après tout, combien de temps avant que les utilisateurs des voitures électriques soient pointés du doigt (et blindés de taxes supplémentaires) parce qu'une autre source d'énergie aura été jugée révolutionnaire ? Oh bien sûr, à travers les mots de Clutch et de Sean Murphy (et sans doute les miens), on a le dicours du vieux con. Et en même temps, on voit où il veut en venir. Pourquoi ? Parce qu'une fois encore, on a beau avoir des maladresses, le fond est compréhensible. De plus, Murphy utilise la voiture pour rebondir également sur les inégalités sociales mais également critiquer l'Amérique actuelle ainsi que le modèle capitaliste poussé à son extrême. Cette fois encore, l'approche est intéressante parce qu'elle n'est pas parfaite. Dire que le moment où nous utilisions des véhicules (sous-entend l'époque actuelle) faisait que nous étions tous au même niveau et que, sur la route, il n'y avait pas de différence de classe est très exagéré. Après, cette affirmation trouve sans doute son sens lorsqu'on la met face à ce qui se passe dans le monde futuriste de Murphy. Mais sans cette comparaison, en se contentant de prendre l'affirmation telle quelle donc, on se rend bien compte qu'elle perd clairement de son efficacité. Et c'est là que l'on se demande si ce n'est pas justement où Murphy veut en venir. Et si le but n'était pas de donner des leçons mais uniquement de se poser les bonnes questions ? Clutch est si catégorique et en même temps si contradictoire dans ses propos qu'il est difficile de le suivre aveuglément. Et pourtant... les questions restent ! 

Pour le reste, à savoir le scénario en lui-même, les personnages sont touchants, le récit simple et efficace, les dialogues percutents et les retournements de situation bien amenés. Rien de bien surprenant pour cet auteur.

Notez cependant que tout ceci ne reflète pas forcément mon avis. En fait, il y a une certaine opposition entre ce que je pense de certains points et ma volonté de conserver une certaine objectivité. Par exemple, à titre personnel, et sans mauvais jeu de mots, je trouve que Murphy en fait des caisses. Son discours volant = liberté ne trouve aucune raisonnance en moi. Néanmoins, j'ai bien conscience que ce n'est pas objectif et que tout le monde ne voit pas la voiture comme un simple outil qui te mène d'un point A à un point B comme je le fais (il me suffit d'entendre parler mes collègues travail pour m'en rendre compte). La liberté dont Murphy parle, je la ressens dans les bois, en montagne, à la mer mais je conçois que pour d'autres, c'est bel et bien derrière un volant que la liberté se trouve. Aussi, je n'ai pas voulu développer certains de ces points outre-mesure dans le sens où ils n'engageraient que moi et donc, qu'ils n'auraient que très peu d'intérêt.

Les gens n'ont pas seulement oublié comment conduire, ils ont oublié comment être américains.

Pour ce qui est de la partie graphique, nous avons un Sean Murphy plutôt en forme. Les personnages sont très bien représentés mais, surtout, on croit en l'univers futuriste qu'il nous dépeint. Cela ne va pas trop loin et en même temps, on met suffisamment d'éléments qui tendent vers la science fiction pour que l'on y croit (mention spéciale aux véhicules de la police). Ceci étant dit, passons aux véhicules. Que les amoureux de voitures se rassurent, ils en auront pour leur argent. L'ouvrage a beau s'appeler Le dernier pilote, on est loin d'être face à la "dernière voiture". Il y a clairement de quoi faire. Il est évident que Murphy aime dessiner les belles bagnoles et les mettre en scène de la plus belle des façons. De plus, l'option Astrolabe lui permet sans doute de faire un peu ce qu'il veut là où les éditeurs américains auraient, peut-être, placés plus de limitateurs de vitesse et autres cassis.

En bonus, vous trouverez une préface de Sean Murphy, un article de François Hercouet qui revient sur la visite de Sean Murphy aux 24 heures du Mans, un autre de Simon Gough ainsi que les références couleurs.

Si vous désirez vous procurer Le dernier pilote et soutenir MDCU par la même occasion, n'hésitez pas à passer par ce lien.

En Résumé

Points forts

- Un univers riche
- La critique de la société
- Les contradictions de Clutch
- La partie graphique

Points faibles

- Murphy n'en ferait-il pas trop ?
4/5

La collaboration entre Sean Murphy et Astrolabe a porté ses fruits !

Jeff

Fondateur de MDCU, ancien présentateur de l'émission Côté Comics, maître de conférence depuis 2010.

Commentaires

  • je crois que vu le sujet, il est un peu "inévitable" vu le format de faire un peu de "raccourci" en espérant que les gens prendront celà plus pour une "alerte" que pour une "pic moralisatrice" bien que la nuance entre les deux peut très vite se brouiller. En reprenant l'exemple que tu cites "volant-liberté" oui de ton point de vue ça a sa logique car j'en déduit que tu as un véhicule, donc les taxes et le fait qu'il te sert pour te rendre à ton travail principalement...d'après ce que tu dis. Moi je n'ai pas de véhicule, de fait de mon point de vue, effectivement, une voiture offre une certaine liberté étant donné que jes suis un solitaire n'aimant pas demander de l'aide, je dois faire des choix me permettant de m'en sortir la plupart du temps à pieds où avec le moins de transports en commun possible (vu le prix et la dangerosité sans cesse grandissantes durant ces dernières années je me comprend) ... donc oui c'est une forme de liberté mais ce n'est pas LA LIBERTE c'est juste du mou dans le collier qu'on laisse au citoyen d'accord mais songe au nombre de cases ou page supplémentaire qu'il faudrait écrire pour éttoffer toute cette position ayant 2 sons de cloches distincts... après oui Murphy n'est pas toujours parfait mais on ne peut nier que c'est l'un des rare gars du milieu à nous amenez encore à reconsidérer autant de sujet, j'aime bien plus sa façon de faire que celle d'autre gars qui auraient tendance à plus te mattraque peu subtilement "MOI JE SUIS DE TEL ACCOINTEMENT POLITIQUE DONC JE DETIENS LA VERITE TOUTE PUISSANTE!!!" lui c'est plus regardes ceci et réfléchis à celà...
  • Exactement. On ne dira jamais non lorsqu'un auteur a ce genre d'approche.
  • amen
  • En fait, aux États-Unis, l’automobile est devenue, dès les années 1960, bien plus qu’un simple moyen de transport : c’est une véritable culture, intimement liée à la liberté (la liberté sous toutes ces formes car la plupart sont conçues pour être préparées et personnalisée). Cette philosophie s’est notamment exprimée à travers l’essor des road movies, au cinéma comme à la télévision. La voiture a, en quelque sorte, remplacé le cheval du cow-boy en quête de grands espaces et d’indépendance. C’est aussi dans cet esprit qu’ont émergé les Pony Cars, comme la Mustang, la Camaro, la Challenger... Ces voitures incarnent cette liberté parce qu’elles sont faites pour avaler les kilomètres, dévorer l’asphalte et partir à la conquête des grands espaces américains, de la mythique Route 66 aux routes perdues du désert. Avec leur puissance et leur caractère, elles ont quelque chose du cheval sauvage : il faut apprendre à les maîtriser pour en tirer le meilleur. Et c’est précisément ce rapport à la machine, cette sensation de dompter quelque chose de puissant tout en étant libre de partir où l’on veut, qui fait partie intégrante de l’imaginaire automobile américain. C’est un état d’esprit profondément ancré dans la culture US, qui peut être difficile à comprendre en France lorsqu’on n’y a pas été sensibilisé. Personnellement, je vis dans la campagne du sud de la France et je suis passionné par cet univers depuis mon enfance, depuis que j’ai découvert des films comme "Point limite zéro" (Vanishing Point). À 22 ans, j’ai pu m’offrir ma première Corvette. Aujourd’hui, à 40 ans, j’ai poursuivi avec une Camaro Z28 préparée qui dort dans mon garage, toujours prête à m’offrir cette sensation de liberté dès que je prends la route pour un road trip. Et honnêtement, c’est un sentiment que je n’ai jamais retrouvé dans une voiture européenne. Ce n’est pas forcément une question de performances ou de qualité, mais plutôt d’âme, de sensations et de tout l’imaginaire qui accompagne ces voitures. Il faut le vivre pour le comprendre : les mots ont du mal à retranscrire ce que l’on ressent au volant. Et c’est justement ce que Sean Murphy a cherché à traduire dans "Le Dernier Pilote" : pas seulement l’amour des voitures, mais tout ce qu’elles représentent en matière de liberté, d’évasion et de culture américaine.
  • il y a bien évidemment tout celà mais surtout la disparition de "liberté" car toute la société est principalement gérée par L'I.A. y compris les véhicules, de fait la voiture dans les lignes entre les lignes sous entendues du récit n'est pas simplement une voiture mais les vestiges du dernier endroit où l'individus n'est pas ultra surveillé, contrôlé etc Clutch, le héros de l'histoire, est amérindien. En gros, son histoire est marqué par "l'effacement" de son peuple et le "contrôle gouvernemental" .

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