Le chef d'oeuvre de Loeb et de Sale
Batman : Un Long Halloween fait partie de ces quelques rares comics, qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie.
Je donne d’emblée le ton de cette critique qui sera des plus élogieuses envers l’œuvre considérée comme la bible de la secte des Bat-fanatiques.
[gallery]http://www.mdcu-comics.fr/upload/news/news_illustre_1357398769.jpg[/gallery]
Synopsis : Quelques mois après sa première victoire contre l’empire du crime qui phagocyte la cité de Gotham, le vigilant Batman enquête sur une série de meurtres perpétrés uniquement lors des fêtes. Travaillant en parallèle avec le jeune procureur Harvey Dent et le lieutenant James Gordon, le Chevalier Noir engage une course contre ce calendrier morbide qui égrène chaque mois une victime supplémentaire. Une quête dont la conclusion pourrait bien sonner la chute du plus grand espoir de Gotham, et la naissance de l’un de ses pires monstres de foire…
Date de sortie : 4 janvier 2013.
Prix : 35 €.
[gallery]http://www.mdcu-comics.fr/upload/news/news_illustre_1357398873.jpg[/gallery]
«Tu n'as pas passé toutes ces années à apprendre le droit pour rien. Alors, tu sais que la justice a deux côtés. Innocent ou coupable. Comme cette pièce. Un côté lisse. L'autre entaillé.» / Harvey Dent.
Car oui, Harvey Dent est le véritable héros du récit. Comme le fera des années plus tard Christopher Nolan dans The Dark Knight, Jeph Loeb attache une grande importance dans son récit à la personne d’Harvey Dent. Il nous montre ainsi l’ascension de ce jeune procureur idéaliste et éperdu de justice qui décide de s’attaquer à la Pègre.
Une lutte qu’il mène avec Jim Gordon et Batman, or ce trio va être rapidement confronté à la venue d’un mystérieux tueur : Holiday ! C’est là que débute alors une véritable poursuite et une intrigante enquête policière pour découvrir l’identité du tueur. Une enquête qui constitue la trame de fond du récit et qui ne fait que renforcer son aspect «roman noir». Véritable récit policier, Batman : Un Long Halloween n’est pas l’une de ces histoires apocalyptiques où le héros doit empêcher la destruction de sa ville, mais une histoire à caractère plus humain et plus réaliste. L’intrigue est fouillée et Loeb confirme sa position de scénariste hors-pair (une position perdue vu ses récentes horreurs… quelle déception) et nous livre une histoire haletante où le suspense reste entier. Car oui, durant plus de la moitié du récit, Batman et ses alliés traquent ce tueur et tentent de découvrir son identité. Une enquête dans laquelle le lecteur est lui aussi impliqué, mais l’auteur veille bien à ne rien lui révéler puisque nous découvrons de nouvelles données en même temps que nos héros. Ainsi, de chapitre en chapitre, de mort en mort, l’enquête s’épaissit de même que le suspense et la tension. L’ambiance est pesante de bout en bout et l’un des points forts de l’histoire est l’impression de la vivre aux côtés des héros. Personnellement, j’étais comme Batman et je m’amusais au fur et à mesure que je lisais ce récit à tenter de découvrir l’identité du tueur, mais comme mon justicier favori, j’étais à chaque fois frustré de voir que mes théories étaient fausses.
Une enquête donc, un mystère entier et du suspens. De bons ingrédients qui permettent à l’histoire de garder un rythme soutenu et haletant, et surtout de ne pas perdre le lecteur. Mais cette enquête donne aussi l’occasion à Loeb de montrer que Batman reste le plus grand détective du monde.
Mais l’intrigue n’est qu’un prétexte pour explorer tout le paysage de Gotham. Comme nous l’avons vu précédemment, la Pègre et Harvey Dent tiennent une place prédominante dans ce récit policier (chaque intrigue a son mafieux et son policier après tout) mais ce n’est pas tout puisque de nombreux autres personnages plus secondaires sont aussi mis en avant tels que les Gordon, Alfred ou encore plusieurs autres personnalités de Gotham.
Mais l’intrigue permet aussi à Loeb de faire intervenir de nombreux méchants du Batverse et ainsi, au cours du récit, Batman est également confronté à ses plus grands ennemis. A chaque chapitre, Batman croise un ennemi différent sur sa route. Or, si les rencontres sont généralement intéressantes et rythmées, elles sont malheureusement très nombreuses et de ce fait assez vite oubliées. En effet, on pourra regretter que certains face-à-face ne soient pas vitaux pour l’intrigue principale, et que certaines situations soient vite expédiées. Malgré cela, cette donnée n’est qu’un détail et n’enlève rien à la qualité du récit. Parmi les méchants, on appréciera beaucoup le fait qu’une nouvelle fois, Loeb utilise aussi les plus secondaires… Citons ainsi Calendar-Man qui se voit affubler d’un rôle des plus intéressants et tient ici un rôle de consultant, à la Hannibal Lecter.
[gallery]http://www.mdcu-comics.fr/upload/news/news_illustre_1357399059.jpg[/gallery]
Nous remarquerons aussi que le découpage du récit est réalisé de manière très habile puisque chaque chapitre porte sur une fête. Ce n’est un secret pour personne, notre calendrier annuel est rythmé par de grandes fêtes (Noël, Halloween, Carnaval, la St Patrick, la fête des pères…) et Loeb s’amuse à les réutiliser dans le cadre de son histoire. Si pour beaucoup ce détail pourrait paraître anodin, il n’en est rien car le thème de la fête mise en avant joue souvent un rôle dans le récit et justifie telle ou telle situation. De même, cela permet de donner aux personnages des visages plus humains et de les présenter dans des situations plus conviviales.
[gallery]http://www.mdcu-comics.fr/upload/news/news_illustre_1357398917.jpg[/gallery]
«Des perles. Je lui avais demandé de porter des perles ce soir-là. Elle m'a dit qu'elle n'en portait que pour les grandes occasions. On allait juste au cinéma.» / Batman.
De nombreux personnages sont donc mis en avant durant le récit, mais qu'en est-il de Batman ? Et bien malgré ce que beaucoup pourrait croire, notre Chevalier Noir n’est pas en reste dans ce récit. Certes, le Croisé Masqué est parfois plus en retrait et certains personnages tel Harvey Dent ou encore les Falcone lui volent la vedette, mais il n’en est pas pour autant absent.
Comme nous avons vu précédemment, Loeb met d’abord en avant les qualités de détective du héros, mais il décide aussi de creuser son passé tout en séparant davantage les personnalités de Bruce Wayne et de Batman.
Ce constat saute aux yeux dans les chapitres «Fête des pères» et «Fête des mères» qui se trouvent être les meilleurs, mais également les plus émouvants du récit. Comme de nombreux auteurs avant lui, Loeb nous livre un héros torturé, toujours hanté par la mort de ses parents et qui décide de lutter contre ses peurs en affrontant le crime. Il confronte aussi Batman à sa ville et aux habitants de cette dernière, et il s’attarde beaucoup sur les relations qu’il entretient avec Alfred, la Pègre mais également Harvey Dent qui apparaît donc comme l’un des proches du héros. Côté cœur, le héros n’est pas en reste puisque Loeb s’amuse à retranscrire le jeu du chat et de la souris que se livrent Batman et Catwoman.
Evidemment, toute cette mise en scène sous forme d’enquête policière et cette intrigue autour d’Harvey Dent sont utilisées par Loeb pour réfléchir sur la justice et sa dualité. Tout au long de son récit, Loeb nous livre une vaste réflexion sur ce qu’est la justice et sur les moyens qu’elle doit employer. A travers ce débat, Loeb aborde également un autre thème central du Batverse : celui de la frontière entre la loi et le crime, entre la vengeance et la justice. Bien sûr, Loeb ne se mouille pas et ne donne pas de réponse concrète puisque toutes les prises de positions sont représentées par les divers personnages. Malgré tout, cet aspect ne peut que confirmer sa grande maîtrise scénaristique.
[gallery]http://www.mdcu-comics.fr/upload/news/news_illustre_1357398969.jpg[/gallery]
Enfin, l’aspect «roman noir» du récit est renforcé par les sublimes dessins de Tim Sale. Si certains n’accrochent pas avec l’artiste (Lordof… hérétique…), personnellement, j’en ai pris plein la vue et l’artiste n’a cessé de m’étonner tout au long des treize chapitres qui composent l’œuvre. Le nombre de détails est impressionnant et l’artiste sort l’artillerie lourde en ce qui concerne d’abord la taille de ses compositions, avec de sublimes doubles-pages, ou encore son large panel de couleurs. Jouant sans cesse sur les contrastes de couleur, l’artiste nous éblouit avec des pages très sombres et à dominante noire (qui ne font que renforcer l’aspect polar de l’œuvre) tout en n'oubliant pas de placer des couleurs vives dans son récit. En effet, à l’instar de ses travaux chez Marvel, il s’amuse à lier une couleur dominante à certains vilains du récit et ainsi, le vert devient synonyme de Poison Ivy et le violet de Joker…
En résumé, Batman : Un Long Halloween fait partie de ces rares perles qui ont marqué à la fois l’histoire du héros qu’elles abordaient, mais aussi le genre des comics en lui-même. Nous avons là une histoire aux formes de roman policier qui se révèle être intelligente, haletante, émouvante et pessimiste. Loeb s’attache à Gotham, et plus précisément aux liens l’unissant à ses habitants, et notamment à Batman. Il nous montre que la ville semble se dégrader au contact du Chevalier Noir et que la lutte contre le crime de ce dernier peut faire de nombreux ravages, notamment dans son entourage. Et comment terminer cette critique sans évoquer une dernière fois les magnifiques dessins de Tim Sale.
Véritable bible, Batman : Un Long Halloween reste peut-être l’une des œuvres les plus abouties en la matière (si ce n’est LA plus aboutie) et ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui encore, de nombreux artistes s’en inspirent et tentent de reprendre les ingrédients qui ont fait son succès.
Nous noterons également que cet ouvrage a fortement inspiré le grand et talentueux Christopher Nolan pour son génial The Dark Knight (comme nous l’avions vu lors de ce numéro du DDALE).
Enfin, le succès commercial et critique de l’œuvre fut tel qu’une suite fut évidemment produite et elle s’intitule Batman : Dark Victory. L’histoire a été rééditée en mars 2012 par Urban Comics sous le nom d'Amère Victoire et reste encore largement disponible.
L’intrigue reprend là où s’est arrêté Batman : Un Long Halloween et nous livre de nouveaux concepts et de nouveaux personnages. Pour ceux qui voudraient savoir ce que cela vaut, la critique est disponible ici.
[gallery]http://www.mdcu-comics.fr/upload/news/news_illustre_1357399277.jpg[/gallery]
[conclusion=5][/conclusion]
[onaime]- L’aspect polar de l’œuvre
- Un Batman noir et émouvant
- Des personnages secondaires très bien développés
- Une intrigue solide et un vrai mystère à résoudre pour Batman mais aussi pour le lecteur
- Harvey Dent, le véritable héros de cette histoire
- Les dessins de Tim Sale[/onaime]
[onaimepas]- Trop de méchants et quelques situations vite expédiées[/onaimepas]

Commentaires